EdTech française : un marché en croissance, mais moins rapide
Le chiffre d’affaires de la filière française atteint 1,8 milliard d’euros en 2025, selon le baromètre publié par EY-Parthenon et EdTech France. La progression reste positive, mais elle ralentit : elle s’établit à 6 % par an depuis 2023, contre 11 % par an entre 2021 et 2023.
Ce changement de rythme ne traduit pas un recul de l’activité. Il signale plutôt un marché de l’éducation numérique qui quitte une période de forte accélération pour entrer dans une phase où la rentabilité, la preuve d’impact et la capacité à durer prennent davantage de poids.
| Indicateur | 2021 | 2023 | 2025 |
|---|---|---|---|
| Chiffre d’affaires | 1,3 milliard d’euros | 1,6 milliard d’euros | 1,8 milliard d’euros |
| Emplois directs | 10 000 | 15 000 | 16 000 |
| Part du chiffre d’affaires réalisée par les vingt premiers acteurs | 70 % | 58 % | 50 % |
La baisse du poids des vingt premiers acteurs mérite attention : leur part du chiffre d’affaires total passe de 70 % à 50 % entre 2021 et 2025. Selon EY-Parthenon et EdTech France, cette évolution accompagne un rééquilibrage progressif en faveur des entreprises de taille intermédiaire, sans effacer le rôle des leaders.
La filière compte désormais 550 entreprises et 16 000 emplois directs. Ces chiffres décrivent un écosystème qui s’est étoffé, mais ne disent pas à eux seuls si chaque entreprise dispose des mêmes ressources pour vendre, investir et recruter.
Pour une jeune entreprise, la progression du marché ne garantit donc pas une croissance facile. Les acheteurs attendent des solutions adaptées à leurs besoins, tandis que les cycles de décision et les contraintes budgétaires peuvent ralentir la signature d’un contrat.
Les indicateurs invitent à distinguer la taille globale du secteur de la situation concrète de ses acteurs. Un chiffre d’affaires en hausse peut coexister avec des trésoreries fragiles, notamment lorsque l’activité dépend de dispositifs publics ou de commandes institutionnelles.
Les évolutions observées concernent aussi la composition du secteur. Pour comprendre où se crée la valeur, il faut regarder les publics servis, les modèles proposés et les besoins pédagogiques auxquels répondent les entreprises.
Segments et offres : où se concentre l’activité EdTech
Cette évolution du marché prend des formes différentes selon les publics : les revenus ne se répartissent pas uniformément entre l’école, la formation professionnelle et les entreprises. Le baromètre distingue quatre segments, chacun associé à des acheteurs, des usages et des rythmes de décision particuliers.
La formation professionnelle représente 44 % du chiffre d’affaires de la filière. Elle regroupe notamment des parcours liés au compte personnel de formation, à France Travail et à la reconversion, tandis que le scolaire et le corporate learning B2B pèsent chacun 22 %.
| Segment | Public principal | Part du chiffre d’affaires | Exemples d’usage |
|---|---|---|---|
| Formation professionnelle | Adultes en formation ou reconversion | 44 % | Parcours financés par le CPF ou liés à l’emploi |
| Scolaire | Élèves, enseignants et familles | 22 % | Ressources pédagogiques et outils de classe |
| Corporate learning B2B | Entreprises et salariés | 22 % | Formation interne et suivi des compétences |
| Enseignement supérieur | Universités et grandes écoles | 12 % | Services numériques pour les parcours post-bac |
Cette répartition explique pourquoi le terme EdTech recouvre des réalités commerciales différentes. Une entreprise qui vend aux établissements scolaires répond à des exigences d’achat public, tandis qu’un prestataire de formation aux entreprises peut négocier directement avec un service de ressources humaines.
Selon l’étude, l’offre se répartit entre plateformes ou intermédiation, prestations de service, contenus pédagogiques et équipements. Les plateformes d’apprentissage forment la catégorie la plus représentée, avec 38 % des acteurs, devant les services à 33 %, les contenus à 25 % et l’équipement à 5 %.
Ces catégories peuvent se combiner : une plateforme peut héberger des cours conçus par son éditeur et fournir des outils de suivi à un établissement. Cette combinaison ne dispense pas de clarifier la proposition de valeur, car les acheteurs doivent comprendre ce qui relève du logiciel, du contenu et de l’accompagnement.
Deux besoins traversent les segments selon le baromètre : l’évaluation des compétences et la personnalisation des parcours. L’apprentissage adaptatif peut aider à ajuster les exercices au niveau d’un apprenant, mais son intérêt dépend de la qualité des contenus et de la façon dont les résultats sont interprétés.
Pour les acteurs, une offre lisible commence donc par un public clairement défini et un problème pédagogique concret. Cette exigence devient encore plus forte lorsque les financements se resserrent et que les acheteurs demandent des preuves tangibles.
À retenir sur les segments et les modèles économiques :
- Poids majeur de la formation professionnelle dans les revenus de la filière
- Présence équilibrée du scolaire et du corporate learning B2B
- Dominance des plateformes parmi les modèles d’offre déclarés
- Demande transversale d’évaluation et de parcours personnalisés
Financements publics : des règles plus exigeantes pour les acteurs
La diversité des segments ne protège pas les entreprises des changements de financement. Depuis 2024, plusieurs évolutions réglementaires ont modifié les conditions d’accès à certains dispositifs, avec des conséquences particulièrement sensibles pour les offres liées à la formation professionnelle.
La participation obligatoire au CPF est passée de 100 euros en mai 2024 à 150 euros en avril 2026, selon les données du baromètre. L’étude mentionne également des plafonnements ciblant certaines formations, notamment les bilans de compétences et des parcours consacrés au no-code, à l’intelligence artificielle ou au marketing digital.
Pour les organismes concernés, un changement de prise en charge peut modifier le nombre d’inscriptions, le panier moyen et les prévisions de trésorerie. Il devient alors nécessaire d’expliquer clairement aux apprenants ce qui est financé et ce qui reste à leur charge, sans promettre un accès inchangé.
Dans l’apprentissage à distance, une minoration de 20 % du financement s’applique depuis juillet 2025 lorsque plus de 80 % de la formation est réalisée à distance. Cette règle oblige les opérateurs concernés à réexaminer le coût de leurs parcours et, parfois, la place des séquences en présence.
Le baromètre signale aussi des changements dans le programme P2IA : suppression de 50 000 licences d’enseignants sur le cycle 2 et lancement du cycle 3 sur le périmètre CM1, CM2 et sixième. Ces ajustements illustrent la dépendance de certaines solutions scolaires à des décisions institutionnelles et à des calendriers d’achat.
Selon EY-Parthenon et EdTech France, 48 % des entreprises interrogées constatent depuis 2023 une diminution ou un durcissement des financements publics. Les répondants évoquent également des décisions plus longues, une pression accrue sur les prix et une demande renforcée de preuves pédagogiques.
Les obstacles cités au développement ne se limitent pas aux budgets disponibles. Les cycles de décision et la lenteur des achats publics arrivent en tête, suivis par la pression tarifaire et la complexité des appels d’offres.
Repères sur les obstacles signalés par les entreprises :
- Cycles de décision longs et achats publics lents : 73 %
- Pression importante sur les prix : 69 %
- Complexité des appels d’offres : 56 %
Une réponse commerciale solide doit donc associer calendrier réaliste, documentation de l’impact et modèle économique résistant aux changements de règles. Les acteurs institutionnels, eux, peuvent contribuer à rendre les attentes plus compréhensibles en formulant des besoins et des critères d’évaluation précis.
Un autre frein tient à la perception du numérique éducatif : l’opinion publique peut confondre l’usage pédagogique d’un outil avec le temps d’écran récréatif. Cette confusion rend la communication sur les objectifs d’apprentissage essentielle, avant même l’évaluation des résultats.
Quand les financements deviennent plus sélectifs, certaines entreprises cherchent à mutualiser leurs ressources ou à rapprocher leurs activités. Le paysage des startups éducatives est ainsi marqué par une consolidation qui peut relever autant d’un choix stratégique que d’une nécessité financière.
Consolidation EdTech : croissance, rapprochements et fragilités
La pression sur les financements éclaire la progression des opérations de rapprochement observées dans la filière. En 2026, 45 % des entreprises interrogées se déclarent en phase de scale-up ou de maturité, signe que de nombreux acteurs cherchent désormais à structurer leur croissance.
Depuis 2023, au moins douze opérations majeures de fusion-acquisition ont été recensées dans l’étude. Ces rapprochements peuvent permettre de mutualiser des technologies, d’élargir un catalogue de formations ou de mieux couvrir plusieurs publics, tout en donnant accès à une capacité de déploiement plus large.
Pour une entreprise, une acquisition peut aussi réunir des compétences complémentaires : par exemple, une expertise pédagogique et une technologie de diffusion. Mais cette logique ne produit des bénéfices durables que si les équipes, les produits et les systèmes peuvent être intégrés sans dégrader l’expérience des apprenants.
La consolidation n’est toutefois pas toujours le résultat d’une stratégie offensive. Des tensions de trésorerie et des modèles économiques fragiles peuvent pousser une organisation à chercher un repreneur ou à réduire son activité, en particulier dans des segments dépendants de la commande publique.
Le baromètre cite les défaillances de Soft Kids et LearnEnjoy dans le scolaire pour illustrer cette vulnérabilité. Ces cas rappellent qu’une utilité pédagogique ne garantit pas à elle seule la continuité d’une entreprise si les revenus dépendent de contrats difficiles à renouveler ou de décisions budgétaires tardives.
La diminution du poids du Top 20 peut coexister avec ces mouvements de concentration : les opérations ne conduisent pas mécaniquement à une domination accrue des plus grands. Elles peuvent aussi renforcer des acteurs intermédiaires, tandis que d’autres disparaissent ou changent de périmètre.
Pour clarifier les enjeux, les entreprises peuvent comparer plusieurs voies de développement :
- Rapprochement pour mutualiser les coûts et les compétences
- Acquisition pour élargir les produits ou les publics servis
- Spécialisation pour se différencier sur un besoin pédagogique précis
- Indépendance avec une trajectoire de croissance maîtrisée
Ces options n’ont pas la même portée pour les salariés, les partenaires ou les établissements utilisateurs. Une fusion peut améliorer la capacité de déploiement, mais elle peut aussi entraîner des changements d’interlocuteurs, de catalogue ou de conditions de service.
Le choix dépend notamment de la dépendance à un financeur, de la récurrence des revenus et de la différenciation du produit. Une entreprise qui démontre un impact mesurable et possède des clients diversifiés dispose de leviers plus solides pour négocier son avenir.
Cette consolidation pose enfin une question de souveraineté économique : qui contrôlera les outils, les données et les décisions de développement ? La réponse se joue de plus en plus dans les choix d’intelligence artificielle, de fournisseurs et d’investissement EdTech.
Intelligence artificielle éducative et souveraineté numérique
Les rapprochements d’entreprises ne sont qu’une partie du changement en cours : l’intelligence artificielle éducative transforme déjà les pratiques internes et les offres proposées. Le baromètre indique que 92 % des EdTech interrogées utilisent l’IA pour améliorer leur productivité, 71 % pour enrichir une offre existante et 62 % pour concevoir de nouveaux produits.
Ces usages recouvrent des réalités différentes. Automatiser certaines tâches de production peut libérer du temps, tandis qu’intégrer une fonction de tutorat ou d’évaluation modifie directement l’expérience d’apprentissage et exige une attention plus forte à la qualité des réponses.
L’IA générative est notamment présente dans les outils auteurs et l’évaluation-certification, chacun cité par 68 % des entreprises. Le tutorat concerne 65 % des répondants et la création de contenus 60 %, selon l’étude publiée par EY-Parthenon et EdTech France.
Ces pourcentages décrivent des usages déclarés, pas une preuve automatique d’efficacité pédagogique. Pour un établissement ou une entreprise, les questions concrètes restent la pertinence des contenus, la possibilité de vérifier les réponses, la protection des apprenants et la place conservée par les enseignants ou formateurs.
La recherche et développement représente un autre indicateur de la capacité d’innovation. Le baromètre rapporte que 43 % des entreprises réinvestissent plus de 20 % de leur chiffre d’affaires en R&D, ce qui situe une partie de la filière dans la production technologique, et pas seulement dans l’usage d’outils conçus ailleurs.
La souveraineté numérique s’organise autour de plusieurs enjeux complémentaires : la localisation et le contrôle des données, la maîtrise de la production et la dépendance aux fournisseurs. Selon le baromètre, 58 % des entreprises hébergent déjà leurs données en France ou en Europe.
Les modèles d’IA utilisés par les répondants comprennent OpenAI, cité par 55 % des entreprises, Anthropic par 40 %, Mistral AI par 36 % et Google Gemini par 33 %. Ces pourcentages ne s’additionnent pas nécessairement, puisqu’une même entreprise peut utiliser plusieurs modèles.
Pour éclairer les arbitrages technologiques, les acteurs peuvent examiner plusieurs dimensions distinctes :
- Localisation et contrôle des données d’apprentissage
- Capacité à développer des outils et compétences en interne
- Dépendance aux fournisseurs de modèles et d’infrastructures
- Transparence sur les usages de l’IA dans les parcours
Une plateforme qui intègre un modèle externe peut gagner en rapidité de développement, tout en créant une dépendance qu’il faut évaluer. À l’inverse, une solution conçue en interne demande des ressources importantes et ne garantit pas, à elle seule, une meilleure qualité pédagogique.
Pour les apprenants, la question centrale reste la valeur réelle de l’outil : aide-t-il à comprendre, à pratiquer et à recevoir un retour utile ? La transformation numérique de l’éducation dépendra autant de ces usages concrets que des investissements technologiques engagés par les entreprises.
Source : EY-Parthenon et EdTech France, « La filière EdTech française 2026 », juin 2026 ; questionnaire réalisé auprès d’environ 150 entreprises EdTech opérant en France, avril 2026.
Choisir un dispositif numérique comme un projet pédagogique, pas un réflexe technique
Qu'il s'agisse d'introduire une plateforme en ligne, de construire un parcours hybride ou de former les équipes aux outils numériques, chaque étape mérite d'être anticipée. Comprendre les besoins réels des apprenants permet d'en tirer aussi des bénéfices concrets : engagement, accessibilité et qualité des apprentissages.
Pour aller plus loin
- Vérifier l'adéquation entre les objectifs pédagogiques et l'outil envisagé
- Comparer les plateformes et leurs fonctionnalités d'accompagnement
- Anticiper l'accès de tous les élèves au matériel et à la connexion nécessaires
- Impliquer les enseignants dès la phase de conception du dispositif